Narration, Mythe et Fascination

   On l’a constaté, le récit suscite un intérêt considérable, avec la multiplication des séries notamment, lesquelles connaissent une audience toujours plus croissante. Pourquoi un tel engouement ? On l’a dit, l’individu se pense narrativement (cf. Post du 17 avril dernier « En quoi les Réseaux Sociaux augmentent la narrativité de notre identité ? »), étant doté d’une identité numérique certes,  mais surtout narrative.  On peut en déduire que nous avons intinsèquement une sensibilité naturelle au récit et encore davantage aux séries, porteuses d’une très riche matière narrative (des caractères très ciselées, des rebondissements à chaque épisode…).

Mais plus encore que de se penser narrativement, l’individu  bâtit son histoire à partir de ses propres mythes (des évènements réels de l’enfance notamment, par exemple). Mythe, parce qu’originel et point de départ sur lequel est/sont venus se greffer le/les fantasme(s), pure(s) construction(s) de l’esprit, transformant et enrichissant peu à peu le mythe originel.  Parallèlement, l’individu associe sa propre fiction à des shèmes eux-mêmes mythologiques (Freud se serait-il  caché derrière le mythe d’Œdipe pour ne pas citer son propre mythe personnel ?) afin de trouver une logique plus générique et holistique à son histoire, pour la comprendre, la faire comprendre et probablement se rassurer.

Mais si tout ou presque dans la définition de l’individu par rapport à lui-même converge vers le récit (son propre récit), qu’en est-il de la fascination que le récit fourni par un auteur exerce sur le récepteur ?

S’agit-il de l’entraînement à la perspicacité que le récit public génère chez l’individu ? S’agit-il de l’étonnement de voir un autre (en l’occurrence l’auteur), me raconter un récit tendu publiquement dans l’espace, sorti de la narration personnelle de l’auteur ?  Dans un cas comme dans l’autre, le récit permet à tout un chacun d’y greffer :

–           sa propre narration (contenus)

ET/OU

–           son propre process de narration (contenants)

ET/OU

–          Sa perspicacité par rapport à son propre dispositif : l’individu s’entraîne à devancer le dispositif narratif de l’autre et dans l’impossibilité qu’il est d’y parvenir le plus souvent, s’étonne de la singularité du récit,  de la maîtrise du dispositif où viennent s’agencer les évènements.

Dans les 2 premiers cas, c’est le process d’identification qui se joue. Dans le dernier cas, c’est une fascination pure pour le récit.

Pour conclure, l’individu est aux prises avec le récit, par sa nature narrative identitaire et mythique, par sa capacité à s’identifier au contenu, au contenant, ou tout simplement par le jeu de perspicacité qu’entraîne invariablement toute forme de récit. En somme, nous sommes des êtres qui ne peuvent se passer de storytelling et ça nous arrange !!

 

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