En quoi les réseaux sociaux augmentent la narrativité de notre identité ?

Pour commencer, il faut aller fouiner  chez Paul Ricœur. Le terme d’identité narrative est en effet emprunté à P. Ricœur qui l’évoque dans sa conclusion générale de « Temps et récit »  (1983-1985) :

« C’est l’assignation à un individu ou à une communauté d’une identité spécifique que l’on peut appeler leur identité narrative.(…) « À la différence de l’identité abstraite du même, l’identité narrative, constitutive de l’ipséité, peut inclure le changement, la mutabilité, dans la cohésion d’une vie. Le sujet apparaît alors comme constitué à la fois comme lecteur et comme scripteur de sa vie selon le vœu de M. Proust ».

Pour P. Ricœur, c’est grâce au caractère narratif que l’identité atteint sa dimension temporelle.  Autrement dit « Je suis ce que je me raconte ».  Exemple : « Hier j’ai découvert le blog XfoisY, alors je me suis empressé de contacter leurs auteurs, que j’ai rencontrés ce matin. A partir de demain, nous allons commencé à travailler ensemble et je mets ma main au feu que je vais dépasser mes objectifs de notoriété. En somme j’ai la banane :-)) »

A la lumière de ces propos, que penser des Réseaux Sociaux où chacun écrit sa propre histoire,  jour après jour, heure après heure ? D’abord que nous sommes entrès dans une ère de narcissisme narratif. Ensuite, que le narratif peut sauver d’un narcissisme à tous crins, par ses vertus constructives.  C’est-à-dire qu’on ne se regarde pas le nombril (à la fin, on s’ennuie), mais on raconte son nombril, ses joies, ses peines, ses observations de façon plus ou moins pertinente et percutante, certes… .

Par ailleurs Paul Ricoeur confronte l’identité narrative à l’identité numérique, cette dernière regroupant les éléments constitutifs de la carte d’identité. C’était du moins le cas dans les années 80. En 2010, l’identité numérique s’est enrichie et s’est multipliée (combien de pseudo à votre actif ? combien de comptes sur le web ? combien d’adresse e-mail ?). Mais on peut pousser l’analyse plus loin, en notant que l’identité narrative (mes goûts, mes amis…) fournit des données, qui traitées numériquement, permettent d’affiner toujours plus l’identité numérique, si chère aux marques qui vont pouvoir mieux déterminer leurs cibles et pousser des encarts publicitaires susceptibles de correspondre à nos profils.

Bref, les réseaux sociaux nous poussent à croire, que nous sommes entrés dans une ère du (presque) Tout-narratif. On serait bien cruche de ne pas en profiter !

Menu